Comment faire pour avoir un enfant bilingue ?

Photo par epSos.de

Avant de commencer à parler deux langues, l’enfant doit commencer par les apprendre ! 
Lorsque les parents s’extasient du premier « mama » de leur bébé de six mois, il s’agit en réalité d’une production de sons.Ces babillages échangés avec leur entourage se transforment peu à peu en mots, entre 11 et 13 mois (âge du premier mot). Vers 2 ans, l’enfant commence à former des phrases, et à 3 ans, l’échange avec l’entourage devient de plus en plus complexe.
Qu’est-ce qu’être bilingue ?
Etre bilingue correspond au fait de comprendre et de s’exprimer au minimum dans deux langues, voire plus. A sa naissance un bébé a des capacités extraordinaires d’apprentissage. Il est capable de distinguer et d’enregistrer des phonèmes (les sons) différents de sa langue maternelle.
Toutefois, il faut savoir que c’est rare qu’un bilinguisme dit « équilibré » se développe. Le bilinguisme équilibré consiste à avoir un niveau de maîtrise égal pour les deux langues. Il y a en général toujours une langue qui domine l’autre. Chez les enfants, c’est même totalement exceptionnel d’observer le même niveau de langage.
Le cerveau d’un enfant bilingue
Le cerveau humain a une zone où est traité le langage, et qui est appelée l’ « aire de Brocca ». Vue à l’IRM, cette zone « s’allume » quand vous parlez. Pour une personne bilingue de naissance, cette zone s’allume de manière entremêlée quelle que soit la langue parlée.
Pour les personnes qui ont acquis une deuxième langue plus tard, la zone de la première langue et celle de la deuxième langue sont cloisonnées de façon distincte et finalement, la deuxième langue n’est plus acquise comme une langue maternelle, mais comme une langue apprise plus tard.
Les mêmes chances pour tout le monde ?
A la base tous les bébés ont les mêmes capacités d’apprentissage de plusieurs langues. Pas forcément parce qu’ils sont tous doués en langue, mais parce qu’ils ne font pas de différence entre les langues parlées. A la naissance, la plasticité naturelle du cerveau du nouveau-né lui permet d’apprendre aisément plusieurs langues comme s’il faisait simplement l’acquisition du langage dans sa langue.
Au départ, l’enfant se familiarise avec les phonèmes (les sons) qui sont spécifiques à chaque langue. Puis, il les pratique en les restituant. Plus tôt débute l’apprentissage, mieux ce sera. En effet, à partir de 3 ans, les petits commencent à perdre leurs capacités de fidèle restitution.
Etre bilingue plus tard ?
Au fur et à mesure que l’enfant grandit, il intègre les règles sociales et se fabrique un blocage dicté par ces conventions qui risquent de le gêner dans sa spontanéité. En effet, outre les difficultés d’acquisition que requiert l’apprentissage d’une nouvelle langue, cela suppose de ne pas se sentir embarrassé à l’idée de parler une langue de façon incertaine. Or, à partir d’un certain âge, les enfants/adolescents évitent au maximum d’être en situation qui pourrait les mettre en défaut…
Par ailleurs, parler une autre langue demande de pratiquer un type de mimétisme, ne serait-ce que pour avoir un accent qui se rapproche au maximum du natif. Plus on attend, plus il est difficile d’acquérir ces phonèmes. C’est également une question de structure anatomique. Les articulations de la mâchoire finissent par se figer dans la seule langue parlée et auront moins de souplesse dès lors qu’il faudra acquérir d’autres sons, d’autres prononciations.
Etre bilingue… et ensuite ?
Parler plusieurs langues dès l’enfance permet au cerveau de s’exercer et de conserver une élasticité qui aidera plus tard à l’apprentissage éventuel d’autres nouvelles langues. Cette prédisposition permet à ces enfants d’apprendre une troisième (ou quatrième, voire une énième) langue beaucoup plus rapidement et de manière plus intuitive, un peu à l’instar des gens natifs du pays.
Il a été remarqué que les enfants bilingues présentent une ouverture d’esprit et une curiosité très développées. Cela est probablement dû au fait de vivre dans une famille où le respect des cultures différentes a abouti à l’acceptation d’une autre langue que la maternelle. Cela les pousse naturellement à s’enrichir des cultures différentes et de les intégrer tout aussi naturellement à leur mode de vie et à leur quotidien.
Conseilles: 
Les enfants ont des capacités d’adaptation incroyables, toutefois il y a quelques écueils à éviter si vous souhaitez que votre enfant parle plusieurs langues. Voici certains conseils pour aider votre enfant à devenir bilingue :
> Vous êtes un couple mixte : restez naturel avec votre enfant, parlez-lui la langue dans laquelle vous pouvez transmettre des émotions. La règle « un parent – une langue » n’est pas réaliste, ni réalisable. Dans la vie de tous les jours, il arrive souvent que vous deviez changer de langue avec votre enfant. Ce n’est pas grave ! Il n’existe aucune étude scientifique prouvant que la méthode « un parent-une langue » est la bonne.
> Vous parlez la même langue, mais vous vivez dans un pays étranger : parlez-lui votre langue, il apprendra très vite et sans votre aide, la langue du milieu dans lequel il baigne.

> Vous êtes un couple mixte et vous vivez dans un pays différent de vos langues respectives : ne craignez pas la confusion, parlez chacun votre langue à votre enfant. Il apprendra la 3ème langue avec autant de facilité que les deux langues que vous lui parlez.

> Même si vous ne parlez pas votre langue maternelle à la perfection, mais que vous savez tenir une conversation, parlez-lui dans cette langue. L’apprentissage des sons et des mots ne passe pas uniquement par un vocabulaire exhaustif. Parmi les conseils importants à connaître : parler une langue doit être lié à une très grande affectivité, et c’est le cas si vous murmurez des mots doux ou des berceuses apprises dans l’enfance à votre bébé.

> Il n’existe pas de langue « noble », si vous pouvez permettre à votre enfant de baigner dans un milieu linguistique différent, faites-le, si vous souhaitez à votre enfant de parvenir au bilinguisme. La plupart des crèches/écoles bilingues sont onéreuses et pas forcément à la portée de toutes les bourses, mais il y a d’autres moyens d’apprendre à parler une autre langue que le français.
Autre méthode : si vous faites garder votre enfant par une assistante maternelle ou une nounou étrangère, demandez-lui de parler à votre enfant dans sa langue maternelle.

Source :  Santé A-Z
Publicités

Un apprentissage précoce des langues étrangères

Interview de Barbara Abdelilah-Bauer, une linguiste trilingue anglais-français-allemand. Elle a fondé et anime l’association Bilinguisme- Animation, Formation, Information (BAFI). Auteure du livre « Le défi des enfants bilingues » dans lequel elle détaille et plaide pour le bilinguisme.

Apprendre une langue étrangère très jeune peut-il pénaliser les enfants dans l’apprentissage du français ? 

Pas du tout, apprendre une langue étrangère ne nuit en aucun cas à l’apprentissage du français. Il s’agit d’atelier qui dure une heure par semaine. Cela est toujours bénéfique pour les enfants et cela lui donne même plus de confiance dans l’apprentissage de sa langue maternelle. L’enfant aura plus de facilitées à lire dans sa propre langue.

Existent-ils des techniques d’apprentissage précises ? Faut-il favoriser des cours stricts ou un apprentissage ludique ?

Avant l’âge de 6 ans, les enfants apprennent à parler, ils acquièrent le langage. Au contact d’une nouvelle langue, ils apprennent de manière intuitive et naturelle. Les enfants utilisent une langue lorsqu’ils sont en situation de jeux avec d’autres enfants. C’est très important que les enfants échangent avec des vraies personnes. Il faut quelqu’un pour transmettre et pas des cours stricts. 

Par [kajsa]

Certaines langues sont-elles plus faciles que d’autres à apprendre ?

Toutes les langues se valent dans l’apprentissage chez les tous petits. Pour l’enfant, c’est quelque chose de naturelle. Il n’apprend pas réellement une langue mais surtout des mots et des sonorités. 

Un jeune enfant peut-il apprendre un nombre de langue illimité ?

On ne le sait pas. Un enfant peut apprendre à parler plusieurs langues s’il en a besoin pour communiquer avec son entourage. Un enfant dont le père, la mère et la nounou parlent des langues différentes apprendra les trois langues pour pouvoir communiquer avec tout le monde. Pour s’exprimer correctement, un enfant doit être plongé de manière intense dans une langue.

Pourquoi l’apprentissage se fait plus rapidement chez les jeunes enfants ?

Avant 6 ans, c’est l’âge du développement cognitif et psychologique de l’enfant. Il apprend à communiquer avec son entourage. A cet âge là, il acquiert facilement et naturellement la langue. Pour lui, l’effort d’apprentissage est inconscient. Plus vieux, il devra faire un effort conscient pour apprendre une langue. Par contre, ce n’est pas plus rapide chez un enfant ; le rythme est plus lent mais plus profond.

Comment faut-il faire pour les couples bilingues ?

Dans les couples bilingues, la situation est différente. Si le parent veut transmettre sa langue à son enfant alors chaque parent doit parler dans sa langue avec l’enfant. Le français restera la langue dominante alors il faut appuyer sur l’autre langue, la langue faible. Le bilinguisme ne vient pas tout seul chez les enfants, il ne faut pas seulement parler autour de l’enfant mais il faut vraiment s’adresser directement à lui. Les échanges et les interactions sont essentiels. Les parents peuvent aussi utiliser des livres, des images, des films pour créer autour de l’enfant un environnement linguistique riche et diversifié.

Article écrit par  Johanna Amselem, le 25/10/2011 et publié sur Plurielles.fr 

Le meilleur âge pour les langues

Invoquant la réceptivité et la spontanéité des petits, le linguiste Claude Hagège, recommande, à l’instar de nos voisins européens, un enseignement précoce des langues à l‘école. Polyglotte d’exception, il défend la diversité culturelle, un véritable enjeu d’avenir des enfants. 

Comment les parents peuvent-ils, eux, transmettre le goût des langues ?
Claude Hagège. Voyagez avec vos enfants ! C’est la meilleure façon de les ouvrir aux sonorités étrangères. Encouragez-les à avoir des correspondants étrangers, par lettre ou par courriel. N’hésitez pas, non plus, à recevoir à la maison des jeunes venus d’ailleurs. Les échanges linguistiques offrent un avantage précieux : même avec des phrases rudimentaires, ils donnent d’emblée le plaisir de la conversation et ancrent l’apprentissage dans la vie quotidienne. Enfin, la gastronomie, le cinéma, la musique, l’art, bref, toute ouverture à la diversité des cultures éveille le désir des langues. Je citerai l‘école en dernier parce qu’on y apprend une langue à l’entrée au collège. C’est beaucoup trop tardif ! L’enseignement précoce est la clé de l‘éducation bilingue.

Faut-il donc commencer au berceau ?

Dans l’idéal, oui ! En France, de plus en plus de couples mixtes enseignent le bilinguisme à leurs petits. Dès la naissance, une mère française, par exemple, s’adresse à son enfant dans sa langue, et le père, anglais, dans la sienne. Ce sont les conditions d’apprentissage les plus favorables. Car l’oreille du nourrisson est avide de sons nouveaux. Mais tout le monde n’a pas la chance de grandir dans une famille bilingue. En dehors de cette situation, les études scientifiques montrent que le meilleur âge pour apprendre une deuxième langue se situe vers 5 ans.

Pourquoi à cet âge précisément ?

Parce que l’enfant possède d‘étonnantes capacités auditives et phonétiques. Il est extrêmement réceptif aux sonorités les plus diverses, et il peut les reproduire beaucoup plus facilement qu’un adulte. Il est capable de rouler les « r », d’articuler les « h », de prononcer des consonnes interdentales – avec la langue entre les dents – comme le the ou le thieft anglais. Par exemple, une petite Américaine de 5 ans qui apprend le français perd complètement son accent d’origine en seulement trois mois. Ce dont un adulte est incapable !

Vers l‘âge de 11 ans, l’enfant perd cette faculté, car ses synapses se sclérosent. Ce n’est pas une pathologie, mais un phénomène naturel. Son oreille filtre alors les sonorités étrangères : on dit qu’elle devient « nationale ». Or cette période de « fossilisation » correspond justement à l’entrée en sixième, le moment où, à l‘école, on introduit l’enseignement d’une langue !

Mais si les élèves de CP, qui découvrent l‘écriture du français, apprennent l’espagnol, ne risquent-ils pas de s’emmêler les pinceaux ?

Non, car à cet âge l’enfant a déjà acquis les bases du français. Il ne commet plus d’erreurs de prononciation. La morphologie, la syntaxe et la phonétique sont en place. Par conséquent, il ne court plus aucun risque de contamination d’une langue par une autre.

Vous dites que la puberté constitue également un écran…

Oui, car c’est l‘âge où s’accroissent les inhibitions sociales. L’allègre spontanéité de l’enfant, son goût pour les manipulations verbales et sa jubilation ludique d’apprendre laissent la place, chez l’adolescent, à une inquiétude, à une attitude soucieuse de l’opinion d’autrui, et donc à une crainte de la faute. L’erreur est redoutée, à cause du ridicule qu’elle produirait, au lieu d‘être perçue comme profitable, car elle appelle à la correction. Voilà pourquoi l’apprentissage précoce est une nécessité.

De plus en plus de collèges proposent, dès la sixième, l’enseignement de deux langues européennes au lieu d’une. Est-ce une chance ou un piège ?

Effectivement, certains parents s’en inquiètent, mais il s’agit d’un préjugé. On craignait même autrefois que l’apprentissage précoce ne provoque des troubles mentaux chez les jeunes ! Le cerveau enfantin est souple, ouvert à l’acquisition des connaissances. Dans le système scolaire actuel, les capacités mentales des élèves sont même sous-exploitées.

Quand une classe dépasse le nombre de trente élèves, est-il encore possible d’apprendre correctement une langue ?

C’est un chiffre excessif. Pas à cause de la grammaire, qui s’acquiert facilement avec un travail sérieux. Mais parce que la phonétique et l’acquisition des sons, plus ardues, nécessitent un surcroît d’attention de la part de l’enseignant. L’apprentissage serait beaucoup plus aisé dans des classes de dix à quinze élèves : le professeur pourrait alors s’assurer de l’acquisition de la prononciation élève par élève, seul gage d’un bon apprentissage.

Quel pays d’Europe vous paraît suffisamment en pointe pour nous inspirer ?

Aucun ! Certes, les pays scandinaves, comme la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas ou la Suède, sont très avancés dans l’enseignement de l’anglais : ils l’introduisent dès le primaire avec des moyens massifs. Vers 7 ou 8 ans, les écoliers regardent même des films en version originale non sous-titrée ! La méthode, c’est-à-dire l’apprentissage précoce, est efficace, mais le problème qui se pose est celui de la domination de l’anglais…

Pour quelle raison ?

Parce que, à travers la musique, les jeux vidéo ou le cinéma, la culture anglo-saxonne est déjà omniprésente dans le quotidien de nos enfants. Cette suprématie d’idiome le plus répandu dans le monde est le reflet de la puissance économique des États-Unis. Mais si l‘école n’apporte pas un contrepoids pour rétablir un certain équilibre, l’anglais est assuré d’accroître encore sa domination. A terme, il risque d‘éliminer l’enseignement des autres langues, qui ne bénéficient pas du même dynamisme. Gardons à l’esprit que les langues sont fragiles : sur les cinq mille idiomes parlés dans le monde, il en meurt vingt-cinq chaque année.


Que préconisez-vous, alors ?

L’anglais ne devrait être introduit qu‘à l’entrée au collège. Jusque-là, il faudrait offrir aux familles le choix de deux langues à l‘école primaire, qu’elles pourraient piocher dans celles qui, en Europe, à part l’anglais, ont la plus grande audience internationale : l’espagnol, l’allemand, l’italien ou le portugais. C’est probablement utopique, et je n’ignore pas que les moyens font cruellement défaut. Mais c’est un enjeu majeur : celui de la construction européenne et de la sauvegarde de la diversité culturelle.

Vous militez pour l’enseignement des langues mortes. Comment les rendre plus attrayantes ?

Il faut savoir que le latin et le grec raffermissent, chez l’enfant, sa connaissance de sa propre langue. Car l‘écrasante majorité des racines du français provient du latin. Et pas une seule langue d’Europe n’en a pas été pénétrée. Ce n’est pas un hasard si la plupart de nos voisins – les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie ou la Belgique – maintiennent solidement l’enseignement du latin dans les écoles.

Vous pratiquez une cinquantaine de langues. Cette gymnastique facilite-t-elle l’apprentissage ?

Un petit Français qui dès le début de l‘école primaire a étudié l’allemand apprendra l’espagnol avec plus d’aisance au collège. Mais ce n’est pas qu’une question d’entraînement mental. Si la grammaire, c’est-à-dire l’ordre des mots, varie d’une langue à une autre, les structures linguistiques, elles, se ressemblent beaucoup. Tous les idiomes du monde – on en dénombre cinq mille environ – possèdent des noms, des verbes, des subordinations (que, quand…) et des adverbes, qui sont universels. Il est clair que cette proximité entre les langues facilite l’apprentissage.

Avec la mondialisation, l’avenir de nos enfants sera-t-il déterminé par les langues ?

Oui. Il faudrait apprendre le chinois ou l’arabe à nos enfants parce qu’ils noueront probablement des relations professionnelles ou personnelles avec des habitants de ces régions du monde. Une langue est aussi une certaine façon de ressentir, d’imaginer et de penser. Sensibiliser les jeunes à la diversité des langues leur donnera une formidable ouverture aux autres. Nous devons en avoir davantage conscience en France.

Article écrit par Dalila Kerchouche pour Le Figaro Madame du 18 novembre 2008 

Pour un apprentissage précoce des langues

jeu d'enfants

Il est important d’être confronté dès le plus jeune âge à la langue étrangère. Plus l’apprentissage sera précoce, mieux ce sera pour l’enfant. À trois ans, l’enfant a toute la souplesse intellectuelle pour imiter, pour apprendre, pour se fondre dans la langue et la culture de l’autre. À la maternelle, il apprend la langue étrangère en chantant, en jouant, en réalisant des objets… sans effort. Sur le mode ludique. C’est un moment exceptionnel où l’enfant est disponible pour emmagasiner de nombreuses connaissances. Il répète les sons qu’il ne connaît pas dans sa langue. Il répète sans accent. Il le fait par plaisir.

Dans les pays qui proposent un apprentissage d’une langue étrangère dès la maternelle comme le Liban ou l’Égypte (écoles privées), l’Italie et la France dans certaines de leurs régions (Val d’Aoste, Alsace…), on a choisi l’option du bilinguisme. C’est-à-dire que les activités scolaires se font en général à parité dans la langue maternelle et dans la langue étrangère. La langue étrangère n’est donc pas apprise pour elle-même, mais elle est le vecteur d’enseignements disciplinaires. Elle a ainsi un sens. Elle permet l’accès à certaines connaissances.

Bien entendu, il ne suffit pas de commencer à apprendre la langue dès l’âge de trois ans. Il faut poursuivre cet apprentissage tout au long du cursus primaire. Si l’on veut que l’enfant soit réellement bilingue, il est nécessaire de lui proposer un enseignement dans sa langue et dans la langue étrangère durant toute sa scolarité primaire. Cette éducation bilingue ne représente pas de surcharge de travail pour l’enfant car on ne lui propose pas de cours supplémentaires par rapport à l’emploi du temps classique mais seulement des enseignements disciplinaires dans la langue étrangère. Certains pays ont choisi d’enseigner les disciplines littéraires en langue étrangère (écoles bilingues en Roumanie, en Allemagne…), d’autres les disciplines scientifiques (écoles bilingues au Vietnam, en Égypte, en Moldavie…), d’autres l’éducation physique (Seychelles) ou les disciplines artistiques…

Une seconde langue étrangère est rapidement introduite dans le cursus, en fin de primaire ou dès la première année du secondaire, ce qui fait que l’élève est trilingue à l’issue de son cursus.

Voici donc rapidement présentées les conditions idéales d’un enseignement bilingue. Rien à voir avec l’exposition homéopathique à la langue étrangère qui est proposé aux enfants du primaire en France. Dans ce cas, il ne s’agit pas bien sûr d’éducation bilingue. Je ne soulignerai pas ici la frilosité de notre politique en matière d’enseignement précoce des langues. Je l’ai fait en d’autres lieux. Je voudrais seulement insister sur les avantages cognitifs d’une véritable éducation bilingue.

Des avantages cognitifs

Le grand avantage lié à l’éducation bilingue est le fait, finement analysé par C. Hagège (1996), que le jeune enfant est capable d’entendre et de reproduire à l’identique les sons des autres langues inconnus de sa langue maternelle et qu’il n’en sera plus capable à l’âge de dix ans. L’enfant qui aura appris très tôt une langue étrangère n’aura donc pas d’accent.

Il faut signaler aussi que l’on entre plus facilement dans une langue étrangère lorsqu’on est tout petit et confiant et que l’on n’est pas encore inhibé par la crainte du brouillage de son image sociale ni affecté par une construction identitaire délicate, comme on peut l’être dès l’âge de la préadolescence, où l’on supporte plus difficilement la différence et le regard de l’autre que l’on imagine délibérément critique.

Si l’enfant apprend très tôt la langue étrangère dans le cadre d’une éducation bilingue, il n’aura donc pas d’accent et il ne connaîtra pas les blocages qui nuisent à l’apprentissage, mais il aura aussi des avantages certains sur le plan intellectuel et sur le plan de la personnalité.

De nombreuses études ont suggéré l’existence d’un avantage sur le plan intellectuel lié au développement de la bilingualité.

Par exemple, Peal et Lambert (1962) qui ont comparé, à Montréal, les résultats à des tests d’intelligence verbale et non verbale, d’enfants bilingues français-anglais et d’enfants monolingues, âgés de dix ans, ont constaté une certaine supériorité intellectuelle des bilingues qu’ils attribuent à une grande « flexibilité cognitive » résultant de l’habitude de passer d’un système de symboles à l’autre. Ces avantages cognitifs liés au développement bilingue se retrouvent au niveau des tâches créatives, des habiletés métalinguistiques et de la créativité verbale.

On a pu constater aussi que l’introduction d’une langue seconde à un âge précoce entraîne de meilleures performances en langue maternelle à condition que la compétence en langue maternelle soit déjà élevée au moment de l’exposition à la langue seconde (Cummins, 1979). De même, une comparaison entre des enfants bilingues franco-arabes et des enfants monolingues scolarisés dans une même école française et appartenant au même milieu socio-culturel a montré que les enfants bilingues avaient des résultats supérieurs en français et en mathématique (Groux, Porcher, 1998).

Ce dernier constat vient nuancer les conclusions de certains chercheurs comme Lambert (1977) qui pense que le rapport entre les statuts respectifs des deux langues du bilingue détermine l’évolution de la bilingualité. L’avantage cognitif lié au développement bilingue se retrouverait surtout chez les enfants d’une communauté dominante qui sont scolarisés dans une langue moins prestigieuse. C’est ce que l’on appelle le bilinguisme additif. La forme soustractive se retrouverait surtout chez les enfants de minorités ethnolinguistiques. Ce serait donc le rapport entre les statuts respectifs des deux langues qui déterminerait l’évolution de la bilingualité.

Cependant, et nous insistons sur ce point, les enfants bilingues, issus de l’immigration, qui ont la possibilité de pratiquer leurs deux langues dans le système scolaire, ont des résultats supérieurs à ceux de leurs collègues monolingues (pour qui le français est la seule langue d’enseignement) dans ces disciplines si valorisées que constituent le français et les mathématiques.

Tous les chercheurs qui se sont intéressés au bilinguisme ont reconnu la grande plasticité du cerveau jeune, capable d’acquérir de nouveaux mécanismes linguistiques, que l’adulte ne possède plus au même degré. Pour un cerveau jeune, l’acquisition de deux ou trois langues n’est pas plus difficile que celle d’une seule. Et il n’est pas nécessaire qu’il y ait traduction ou enseignement car la langue étrangère s’acquiert spontanément jusqu’à l’âge de six ou sept ans si l’enfant est immergé dans un milieu où l’on parle une autre langue que la langue maternelle, ou les deux langues. Le bilinguisme institutionnel peut représenter ce milieu favorable à l’apprentissage spontané et simultané de deux langues.

Enfin, il convient de souligner l’importance de l’apprentissage précoce des langues sur le plan de la personnalité. En effet, comment peut-on mieux éduquer l’enfant à l’altérité qu’en lui proposant un enseignement des langues étrangères dès son plus jeune âge ? En découvrant très tôt une autre langue et une autre culture, l’enfant va acquérir une ouverture intellectuelle et il aura de meilleures chances de comprendre les autres. Il aura aussi des éléments nouveaux pour réfléchir à une éthique qui tiendra compte des autres et qui privilégiera les valeurs d’harmonie et de concorde.

Les enjeux de l’apprentissage précoce

Les langues étrangères représentent aujourd’hui un atout important sur le plan humain mais aussi sur le plan social. On sait, pour avoir lu Bourdieu, et en particulier Ce que parler veut dire, L’économie des échanges linguistiques, qu’elles confèrent un pouvoir symbolique important à ceux qui les parlent. Le capital linguistique constitué par les compétences en langues étrangères apporte au locuteur un capital social incontestable, une reconnaissance sociale et un pouvoir symbolique fort. Les classes privilégiées l’ont d’ailleurs bien compris qui investissent sans compter dans les séjours linguistiques à l’étranger pour leurs enfants. Il est donc important de proposer à tous les enfants la possibilité de maîtriser, le plus tôt possible, des langues étrangères pour qu’ils puissent avoir une chance de s’intégrer à un monde en perpétuel changement et pour qu’ils puissent mieux le comprendre.

J’émets donc le souhait d’un enseignement bilingue pour tous dès la maternelle, à l’exemple de ce qui se fait depuis de nombreuses années au Luxembourg qui pratique même, dès le primaire, l’éducation trilingue (luxembourgeois, français, allemand) à laquelle il faut ajouter l’anglais dès le secondaire. Ce choix est intéressant parce qu’il montre une volonté de s’inscrire à la fois dans le patrimonial (luxembourgeois) et dans l’international (sans le limiter à l’anglais). On ne renonce pas à son identité, à ses spécificités culturelles, mais on se tourne aussi vers les autres.

On peut mettre en place cet enseignement dans d’autres pays. On peut le mettre en place en France. Si les responsables éducatifs sont convaincus de l’intérêt de former des enfants plurilingues et pluriculturels, des moyens financiers seront dégagés (une école bilingue coûte une fois et demie plus qu’une école monolingue), des formations d’enseignants seront mises en place. En ce sens, la mondialisation représente un formidable espoir pour le plurilinguisme et le pluriculturalisme.

Dominique Groux, IUFM de Versailles (France)
Article paru dans 
Le français dans le monde n°330, Novembre-Décembre 2003

Les avantages du bilinguisme précoce par Maria Kihlstedt

Le texte ci-dessous sur ‘les avantages du bilinguisme précoce’, a été rédigé par Maria Kihlstedt, Maître de Conférence en psycholinguistique de l’Université de Paris X Nanterre dans le cadre de ses recherches :

A l’heure de la construction européenne, personne ne conteste plus le bénéfice que constitue, pour le jeune enfant, la capacité de maîtriser plusieurs langues. D’un point de vue scientifique, les chercheurs s’accordent à penser que la construction d’un bilinguisme équilibré dépend étroitement de l’âge de démarrage – plus tôt on commence mieux c’est. Il est assez généralement admis que l’« âge critique » se situe autour de 7 ans. En effet,

ce n’est que très récemment que les avancées de la recherche en sciences cognitives – la dénomination d’un champ pluridisciplinaire de recherche très en vogue actuellement en France, regroupant des chercheurs en neurologie, psychologie, linguistique, biologie etc. – nous ont obligé à repenser certaines idées auparavant tenues pour acquises, comme par exemple la « fragilité » du cerveau de l’enfant.

Nous qui travaillons dans le domaine des sciences cognitives, ou, dans mon cas, dans la psycholinguistique, n’arrêtons pas de nous étonner de la ténacité des certains de ces idées, comme par exemple ce que l’on pourrait appeler le « mythe de la nocivité du bilinguisme », idée particulièrement tenace dans les pays occidentaux où le monolinguisme a longtemps été le modèle. Les sciences cognitives nous ont permis de lever le voile à beaucoup de phénomènes jusqu’à récemment inexplorés. Des nouveaux outils méthodologiques, comme par exemple l’imagerie cérébrale et des logiciels très sophistiqués sur la perception enfantine, ne sont qu’à leurs débuts, mais ont déjà contribué à augmenter nos connaissances.

Les avancées des sciences cognitives sur la nature du bilinguisme enfantin

On sait depuis un certain temps que le bilinguisme enfantin n’est pas l’addition des deux langues dans le cerveau de l’enfant. Il s’agit plutôt de la construction d’une capacité linguistique à deux volets. En effet, les structures du cerveau du jeune enfant sont tellement flexibles qu’il apprend aussi facilement deux ou trois langues qu’une seule, et ce jusqu’à l’age de 7 ans. A condition que les langues soient apprises ‘à l’age du langage’ (Dalgalian 2000), au moment où la plasticité cérébrale est en plein essor, il est tout aussi naturel d’apprendre une que deux langues.

Les raisons en sont d’ordre neuro-cognitif. Avant sept ans, c’est le langage comme faculté que l’enfant découvre et construit. Ce développement se fait en parallèle avec le développement cognitif général. Découvrir le monde par un ou deux voire trois volets ne change en effet pas grand-chose à l’affaire. Il est vrai que chez les enfants bi(pluri)lingues, un certain retard par rapport aux monolingues peut souvent se manifester à partir de deux ans et demi, où l’une des langues prend souvent le dessus. Cependant, ce retard peut se rattraper si l’input dans la langue « faible » continue à être riche au moment critique entre environ 2.5 et 4 ans. Il s’avère également que, qualitativement, il y a en général aucune différence entre les langues maternelles de l’enfant, pourvu que l’entourage « alimente » l’enfant dans ses deux (ou plusieurs) langues. La recherche montre clairement que les deux langues maternelles ne se disputent pas le même espace dans le cerveau. Les résultats dans ce domaine ont contribué à faire passer, une fois pour toutes, aux oubliettes l’idée qu’une deuxième langue dès le plus jeune âge s’installe au détriment de la langue maternelle.

Passé l’âge critique de sept ans, l’acquisition d’une nouvelle langue relève d’un autre processus et doit faire le détour par la langue maternelle. On pourrait dire qu’après sept ans, on n’apprend plus du langage mais des langues (Dalgalian 2000, Petit 2001). L’équipement neuronal du bilingue précoce n’est pas le même que chez un enfant monolingue.

Les langues apprises après sept ans sont stockées ailleurs dans le cerveau. Bref, pour reprendre une métaphore de Dalgalian (2000, p.23) si on a la chance de tomber comme Obélix, en tant que bébé, dans une potion magique composée de deux ou plusieurs langues, c’est-à-dire d’être plongé dans le bilinguisme dès le premiers balbutiements, on devient bilingue . C’est la présence ou l’absence d’une langue dans l’entourage qui stimule l’acquisition ou au contraire provoque la perte d’une langue. Ce qui se passe d’un point de vue neurologique, c’est que certaines connexions entre les neurones (=des synapses) sont sollicitées au moment où la malléabilité corticale du cerveau bat son plein, des connexions qui, chez des enfants monolingues, ont éte sclerosées à l’age du langage avec le résultat qu’une fenêtre cognitive s’est fermée à jamais.

Pour lire l’intégralité de cet article consultez Les avantages du bilinguisme précoce

Le bilinguisme : est-ce bien d’élever des enfants dans deux langues ?

Si vous élevez vos enfants dans deux  langues vous vous êtes probablement posé pas mal de questions :  « est-ce-que parler deux langues à la maison peut créer la confusion chez  mon enfant ? »  « Dois-je m’inquiéter si mon enfant mélange les deux langues lors qu’il ou elle parle ? » « Que dois-faire pour m’assurer que mon enfant maîtrise les deux langues parfaitement ? »

Nous vous invitons à regarder cette petite interview de Caroline ERDOS, Orthophoniste à l’hôpital de Montréal. Elle répond à plusieurs de vos questions…

Et vous, pratiquez-vous la règle un parent/une langue à la maison ?