Les voies du bilinguisme

Article repris de Le Figaro Madame par Sandra de Vivies

Le bilinguisme séduit de plus en plus de familles mixtes, expatriées ou juste avant-gardistes. Cependant, élever son enfant en plusieurs langues ou, comme c’est l’usage aux États-Unis, parler par signes avec son bébé, relève encore du défi sociétal. Et pourtant…

Nous vivons dans une société monolingue. En France, le plurilinguisme fait figure de marginalité, voire de coquetterie. Si l’on ajoute à cela les idées reçues qui gravitent autour du bilinguisme chez l’enfant, il y a de quoi décourager les plus fervents parents polyglottes. Il convient donc pour ces derniers de ne pas avoir peur d’engager leur famille dans une voie encore peu défrichée, souvent controversée, mais ô combien prometteuse !

Selon Barbara Abdelilah-Bauer, spécialiste du bilinguisme, « l’enfant du couple mixte acquiert un langage à deux volets ». Chaque parent lui parle sa « langue de cœur », de sorte qu’il intègre que chaque objet comporte différentes dénominations, selon la personne ou la situation en présence. Sur le plan cognitif, l’enfant développe ainsi la flexibilité lui permettant de passer d’un système à l’autre. Or cette « compétence métalinguistique » constitue un atout en or pour l’apprentissage de la lecture ou de l’abstraction en mathématiques. Elle lui confère enfin l’empathie naturelle qui le hisse très tôt au rang des communicants efficaces : il sait choisir les mots, les gestes, la façon de dire qui conviennent à l’autre, et montre de ce fait une plus grande tolérance à l’égard des différences.

L’enfant bilingue, ce drôle d’oiseau multicolore

Une conscience précoce de l’altérité, de meilleures chances pour l’avenir… Pourquoi diable le bilinguisme suscite-t-il tant de réserves à l’école ? Pour Barbara Abdelilah-Bauer, l’explication tient, outre le manque de formation, en une fâcheuse arithmétique : l’enfant monolingue maîtrise environ 1500 mots à l’entrée en maternelle ; l’enfant bilingue aussi, mais répartis entre ses deux langues. Il emmagasine d’ailleurs son vocabulaire selon ce qu’il partage avec ses parents : le champ lexical de la toilette ou des repas dans la langue de maman et celui des jeux dans celle de papa, par exemple. Mais comme le bilinguisme n’est pas reconnu à l’école, seuls les mots français sont pris en compte, accréditant l’hypothèse du « retard » de l’enfant. Pourtant, confie une institutrice fréquemment exposée au multiculturalisme, « ce retard ne fait pas long feu une fois l’enfant scolarisé ».

Face à cette relative incompréhension, certaines familles cèdent à la tentation de l’école privée. D’autres accèdent à l’une des rares filières internationales publiques, comme celle des Sections internationales de Sèvres. Pour toutes, Barbara Abdelilah-Bauer a créé les Cafés bilingues. On s’y rassemble entre familles biculturelles pour trouver des « renforts » à la pratique de sa langue minoritaire. Répartis par accointances linguistiques, parents et enfants font connaissance, se lient d’amitié, tissent peu à peu un réseau, décidant de se retrouver autour d’activités communes… « Ce qui fait du bien, résume une maman, c’est de voir que nous ne sommes pas isolés, que beaucoup de familles se construisent à l’intersection de deux cultures, et que pour les enfants, c’est une extraordinaire richesse ! »  

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